Géorgie – Dila mshvidobisa

Vendeur de churchkhela, la friandise locale: des noix avec de la molasse de raisins par dessus, un excellent apport d’énergie

Le voyage fut long depuis Marrakech, nous sommes fatigués d’avoir été en transit. Nous avons passés plus de temps dans les aéroports à
attendre les vols suivants que dans les avions eux même. Impossible de vraiment dormir dans un environnement fait pour que chacun ne soit que de passage. J’installes le hamac entre deux poteaux et Antoine se sert des sacs pour faire matelas de sol. Ainsi nous réussirons à dormir 3 heures cette nuit, ce qui est pas mal pour du camping aéroportuaire. Quels sont les trésors de la Géorgie? Qui sont les Géorgiens? Ce pays nous est intriguant par les maigres connaissances que nous avons à son sujet et nous sommes excités de le découvrir. Arrivés à l’aéroport les douaniers contrôlent nos passeports et nous remettent une bouteille de vin rouge (125ml) chacun. Quelle ne fût pas notre surprise de recevoir ce présent, nous n’avons rien contre les cadeaux de ce genre, qui viennent des douaniers en plus, mais vous vous doutez que c’est un coup de communication pour le tourisme. C’est en Géorgie qu’il existe la plus ancienne trace de vinification il y a 8000 ans, tandis que l’exploitation de la vigne apparaitra chez nous par le sud du pays il y a entre 500 et 1000 ans. On retrouve dans la capitale Tbilissi de nombreuses caves et de bars à vin qui malgré être au coeur du berceau du vin sont sûrement sortis de la prohibition récemment après l’ère communiste. Une autre chose captera mon attention depuis le début, l’alphabet Géorgien. Le Mkhedruli a une calligraphie qui dessine des arabesques toutes jolies, elle est unique et ne ressemble à aucune autre. C’est une écriture qui compte parmi les 14 scripts uniques, développé au moins 5 siècles avant J-C inspiré selon certaines sources du grec ancien et est uniquement parlé en Géorgie. Elle est une des premières langues dans l’histoire des peuples et non le russe ou l’arabe comme je l’eu cru.
L’alphabet Géorgien, le mkhedruli ,un script unique
Nous avions prévus d’aller les jours suivants en Arménie qui n’est qu’à environ 4h de la capitale géorgienne mais nous renonçons au risque que cela se transforme en un marathon alors que nous sommes déjà fatigués.

La maison d’enfance de Staline à Gori, placé sous verrou

C’est ainsi que la route nous porte à Gori une ville de taille moyenne ayant le charme tout relatif des villes post régime communiste. Ce matin de décembre il fait 1 degré, on se les caillent, nous irons chercher chaleur dans l’auberge de Svetlana qui vit avec sa petite fille Anastasia à l’énergie débordante. De l’énergie c’est ce qu’il nous manque, les escales, l’impossibilité de faire de longues nuits récupératrices, nous rendent un peu tendus, pas grave nous en verrons d’autres, nous reprendrons notre forme habituelle dans quelque jours. Pour l’heure ce matin la maison de Staline est là, devant nous, scellé comme une pièce à conviction. C’est une vieille bâtisse de plein pied avec un peron à l’aspect vieilli. Si le vieux bardage en latte de bois de cette chaumière avait la capacité de parler il en aurait des choses à dire sur l’époque du « petit frère du peuple »… Mais puisque les maisons ça ne parlent pas oralement, on écoutera la guide dans le musé juste derrière narrant les péripéties et détails personnels qui furent le personnage de Staline. Heureusement pour nous ce ne fut pas deux heures d’une éloge nostalgique de l’époque du marteau et de la faucille, mais un moment caucasse que d’entrer dans ce vieux musé, pas chauffé, au coeur d’une ville qui a en son centre la maison de Staline.


La Géorgie est une ancienne province de l’URSS devenu état indépendant à l’éclatement du bloc. Aujourd’hui l’époque communiste est révolu mais l’impact et la mémoire reste. Le lendemain de longues heures nous séparent de Bakuriani mais nous y parviendrons en bus. Plusieurs fois certains passagers mimaient des signes de croix durant le trajet, probablement nous passions devant des églises ou autres lieux saints. Perché haut dans le relief des montagnes aux sommets blancs, Bakuriani inspire la tranquillité et le repos pour nous. Malheureusement la station est vide de toute auberge, nous ne trouvons donc pas d’autres solutions que de poser les sacs dans un appartement supposé être au dessus de nos moyens. Nous l’avons si facilement négocié pour l’équivalent d’une nuit d’auberge, nous sommes plutôt gagnants et en plus nous ne nous étions pas aussi bien reposés depuis longtemps.

Après-midi randonnée sur un sommet de la station de montagne de Bakuriani

Une bonne partie des sommets sont enneigés mais je ne vois aucun skieurs. Les marchands s’attèlent à la réparation de leurs stands, les techniciens sont les pieds dans la neige changeant les énormes câbles des bobines de remontées mécaniques et les hôtels attendent leurs clients. Tout ce petit monde s’active car la saison débute sous peu avec les proches vacances de Noël, les étrangers, Russes notamment aiment séjourner dans le Caucase. Nous ferrons une sacré cure de sommeil et de la marche en montagne. Nous aurons même en cadeau de la neige tombante une journée.Randonnée nocturne dans la neige

Déjà 5 jours que nous sommes en Georgie, avant de rejoindre la Turquie nous passerons deux jours à Batumi. C’est la principale ville balnéaire au bord de la mer noire et pour y arriver il faut passer en mini vanne par tout plein de micros villages en bordures de route. L’allure typique des maisons apporte un certain charme désuète qui semble en totale perdition dans les villes au profit du parpaing en béton. J’aime leurs nombreuses ouvertures de fenêtres. Certains revêtements muraux extérieurs sont surprenants comme la tôle que nous utilisons peu en France et pour les toitures de cabanes en général, il y a aussi les piliers en bois décorées de détails en fer forgé qui habillent joliment les terrasses. La moitié de ces maisons sont vides de leur propriétaires et sont dans un état chaotique, l’exode vers les villes doit en être la raison, dans l’espoir de trouver un travail.Voisinage entre coucher de soleil magique et pollution visuelle désastreuseÀ Batumi la mer noire est là à perte de vue ainsi que ses immenses grattes ciels aussi flambants neufs que enlaidisant le paysage.

Nous avons été adopté par les chiens des rues pendant une dizaine de kilomètres
Visite de l’église orthodoxe en compagnie des chiens de rue

Ce soir je me promène le long des quais du port, il me reste 300metres pour retourner à l’auberge. Je marque un arrêt pour scruter les gros bateaux dans le détail de leurs lignes métalliques. L’Akhtiar est le plus gros et le plus intéressant, je reste un moment à l’observer. Des gens de l’équipage sortent sur le pont, on échange deux trois phrases et je me fait vite inviter a monter à bord. Je ne veux pas rater ça et me voilà assise dans le réfectoire à déguster de la ćaća (prononcez chacha) avec des gâteaux, c’est une sorte d’eau-de-vie faite maison que mon hôte sera fier de me présenter comme étant celui qu’il a distillé chez lui à la maison. À plusieurs reprises je refuse l’offre d’un deuxième verre, c’est au moins du 40 degrés, imaginez! L’équipage me parle en anglais et en russe, je leur répond en anglais et en serbe et ça fonctionne pas mal malgré quelques incompréhensions qui donnent lieu à des rigolades, je penses aussi que plus d’un avait déjà trempés leur nez dans la chacha avant que j’arrive hahaha.

Le sur lendemain sur invitation je retournes sur le bateau avec Antoine. Nicolaï nous reçoit avec sa cigarette au bec. Il nous fera le tour de la salle de navigation, de la salle des machines, des cabines… C’est un marin russe spécialisé dans l’ingienerie mécanique qui s’en va habituellement pour 5 mois en mer . Il fait un métier dûr et de dévotion. Sa fille est née il y a quelque jours et il ne la verra que dans 3 mois. Le navire, lui, appartient à la Russie, au Kazakhstan, à l’Ukraine et à la Géorgie. Il sert à éteindre les feux de bateaux qui sont sur la mer noire.Pas peu ravie de cette excursion improbable et à l’autorisation peu certaine, nous remercions Nikolaï et prenons le bus pour la Turquie.