Inde – Namasté 1 ère partie

capharnaüm de Mumbaï

Il y a 20 jours nous recevions nos e-visa pour l’Inde dans nos boites mail, nous pourrons nous déplacer légalement sur le territoire Indien durant un mois. Mumbaï la ville qui contient l’équivalent d’un tiers de la population Française sera notre point d’entrée. Dès les 1ères secondes de notre arrivée à Anderi le quartier près de l’aéroport, l’Inde semble nous envoyer les signes de son indiscutable réputation. Il grouille de vie dans chaque mètre carré d’espace et chaque détail est un puissant agitateur sensoriel.

rue « calme » derrière notre auberge dans le quartier d’Andheri

Il est aux environs de 8 heures du matin et on imagine que c’est l’heure de pointe. Les jeunes étudiants, les rickshaws (tuk-tuk), les chiens, les cuisines de rues et leurs clients du petit déjeuner, les voitures, les motos, les scooters, les mendiants,…le tout forme un ballet chaotique et infernal accompagné d’un orchestre désynchroniser de klaxons surexcités. On se sent agressé de part et d’autre par ce trafic routier saturé, où les piétons n’ont absolument aucun droit. Il faudra parfois courir pour passer une simple petite rue de quartier. La ville est la 4ème plus embouteillé au classement mondial, une personne passerai l’équivalent de 8 jours par an dans les bouchons.

Un canal de détritus

Après avoir passé mon enfance au Cameroun peu d’endroits me semblaient surpasser ce pays sur l’échelle graduée du chaos et de l’insalubrité. Tous les cours d’eau de la ville que nous verrons paraissent contenir plus de détritus que d’eau, impossible d’y contenir une seule vie à part des bactéries. Évidemment la grande star de ces détritus reste le plastique, indétrônable et indestructible à tout jamais. L’auberge que nous avons trouvé pour ce soir est la moins chère du marché. Nous constatons une fois sur place le confort sommaire et les sanitaires à la limite de la propreté. Ça passe, on a pris l’habitude depuis des semaines de loger dans des lieux tellement variés que ça n’en fera qu’un de plus, on ne sait jamais à quoi s’attendre, il devient peu probable d’être déçu. On rigole à la pensée que nous ne verrions pas nos amis passer une nuit ici. Nous passerons deux nuits à Mumbaï dans la poussière et le bruit constant. Lors de nos déplacements nous sommes dévisagé indiscrètement. On adresse un bonjour aux plus « dévisageurs » et certains nous abordent juste pour nous demander de quel pays nous venons. Côté déplacement, le rickshaw est le meilleur moyen de se déplacer pour nous, peu cher et moins dangereux que les deux roues omniprésents sur la route.

Position détente pour une conduite bien moins détendue

Nous nous sentons même moins en danger dans un rickshaw qu’à être piétons le long des routes. La région de Mumbaï, le Maharashtra, comme ont le découvre dans de nombreux pays au cours de notre voyage fut aussi colonisé par les Anglais et a obtenu son indépendance il y a 43 ans et avant ça fut sous l’occupation arabe. De nos jours encore subsiste quelques héritages coloniaux comme le christianisme, l’Anglais apprît dans les écoles, le train, les monuments…nous ne visiteront pas ces derniers qui sont à une trentaine de kilomètre dans Mumbai, c’est dire combien cette ville est immense et recèle de population. Passer deux jours dans cette mégalopole épuisante est bien suffisant.

La belle brodeuse qui voulait me vendre ses saris

Ce soir nous avons réservé un bus de nuit pour aller en direction de la région de Goa. Le bus est dans une petite heure, cependant nous sommes à l’endroit supposé être la gare, mais rien en vue. Nous demandons notre chemin à deux hommes dans le noir qui fument paisiblement sur un banc. Il nous indiquent le chemin, puis insistent pour nous déposer en moto. Nous hésitons. Pas de casques, trois sur la moto, les sacs à dos, aucun respect du code de la route… mais nous acceptons. Est-ce un peu du folklore indien qui rentrerai en nous ? Le temps d’être déposé, d’attendre le bus et d’y monter, nous voilà déjà à Wai après une nuit courte dans notre couchette de bus.

Étrange sympathie

Waï est toujours situé dans l’État du Maharastra. Nous devons aller à Cannacona dans l’État suivant de Goa qui est encore à 400km au sud. Nous ferrons des étapes comme celle ci, séquencer le trajet pour s’imprégner culturellement. Il y a un temple à visiter dans cette petite ville. En chemin pour le temple nous passons devant un pick-up hautement décoré qui crache de la musique à fond par des enceintes embarqués. Un cheval apprêté de tout plein d’ornements floraux est conduit par des hommes près du pick-up, ce doit être une cérémonie ou un mariage, nous n’en apprendrons pas plus.

Ganesh, mi dieu homme éléphant, est le patron des écrivains et des intellectuels. Son nom signifie « seigneur du peuple » et est réputé pour passer au dessus des obstacles de la vie

Le temple est avoisiné par une petite rivière qui semble être le centre de tous les moments de vie des habitants qui la bordent. Les femmes font la lessive, les enfants se lavent ou se baignent, les chiens boivent, les uns jettent leurs déchets, et on imagine certains complétant cette scène de vies en y faisant leurs besoins. Immobile, on observe. Antoine prend des photos je suis un peu gêné, l’appareil photo au sein de ces moments de vie est pour moi une forme d’intrusion qui pourrait être vu comme du voyeurisme. Ce sont peut-être mes préoccupations car personne ne viendra nous redire quelque chose. Toutes personnes qui entre dans un temple doit enlever ses chaussures. On regarde de l’extérieur les gens entrer et sortir, puis on se dit que le temple a l’air beau mais qu’on n’est pas prêt à marcher pieds nus ici, l’image de la salubrité environnante et de la rivière est encore dans nos esprits. Par la suite nous prendrons plusieurs bus consécutifs qui nous emmèneront toujours plus au sud.

À la gare de Kolhapur nous tentons de trouver un bus pour Goa mais on ne comprend rien et les employés de la gare ne sont pas loquaces, ils nous regardent à peine et balancent le doigt vers une direction quand on demande des infos. Ce sont des personnes sur le peron qui nous aiderons à trouver le bon bus. Il n’est que 17h, un homme qui nous a aidé insistera pour nous faire visiter les emblèmes de sa ville. Il est sympa mais il est vraiment très insistant, on n’est pas chaud par peur de se perdre dans cette grande ville, voir même que ce soit un faux plan qui nous fasse louper le bus, ou bien qu’il nous demande de l’argent. Il nous a quand même bien aidé précédemment, alors on accepte. On dirai que ça lui tient vraiment à coeur. Il appelle son frère et aussitôt celui-ci nous rejoint avec une deuxième moto. Pas trop rassuré on monte dessus et puis hop comme par magie les bécanes se faufilent partout avec fluidité, il faut vraiment être né ici pour dompter le trafic. Nous ferons un tour au temple, marcherons un peu dans des rues commerçantes, ferons un stop pour gouter « le » snack local au riz soufflé pimenté, puis notre guide nous redeposera à la gare. Nous sommes ravie de cette rencontre et des moments passés, mais une sensation persiste: pourquoi autant d’insistance voir même d’autoritarisme par moment alors que la personne est si désintéressé et voulait juste nous faire visiter sa ville qu’il aime. On apprend à défaire nos jugements sur les comportements qui ne sont pas les nôtres pour une meilleure compréhension, ce n’était peut-être juste qu’une différence culturelle. Des impressions comme celles-ci nous en auront de nombreuses, plus que dans d’autres pays.

Vendeuse d’œillets et de bracelets

Jungle…mais où es tu passé?

Après une bonne nuit pour récupérer ce qui a été l’une des nuits les moins reposantes (environ 250km en bus, sur une route avec plus de nids de poule, de trous, de tranchés que d’asphalte), on arrive frais à Cannacona dans l’État de Goa. Les portugais vers 1500 ont pris l’occupation de force aux arabes présents, puis Goa devint un port de commerce énorme recensant ce que l’Asie faisait de plus beaux (soie de Chine, …). Depuis les hippies du monde entier sont eux aussi venus trouver bonheur mais plutôt dans des retraites spirituelles par affinité avec les nombreuses religions pratiquées, pour la médecine ancestrale (Ayurveda) et pour la nature splendide.

Après la pause toilette sèche

Nous, la raison de notre venue est différente, pour du volontariat dans un éco village nommé la « tribe ». Christina la gérante nous accueille et nous explique comment la tribe fonctionne. Un peu surpris nous comprenons vite qu’il s’agit plutôt d’un lieu éco touristique qu’un éco village. Nous passerons un accord: pour 4 heures de volontariat chaque jours ou plus nous avons le repas du midi et un peu du repas du soir. Cet accord permettra de faire de petites économies à Goa qui est nettement plus cher mais aussi de contribuer dans ce lieux qui s’évertue à restaurer l’écosystème de la jungle. Nous y passerons 7 jours. Le matin avant que le soleil nous tabasse la peau de ses rayons nous construirons serres en fenêtres de récupération, piège à rat (libérés quelques kilomètres plus loin), un siège, un panneau interdisant les gens de jetter leurs poubelles dans la forêt,…le tout en compagnie d’autres voyageurs, qui eux sont posés pour plusieurs mois de volontariat. Parmi eux Mathieu et Isabeau, des Nantais qui sont parti de France en moto et qui ont traversés des pays comme le Pakistan et l’Iran, des pays fermés actuellement au tourisme où il faut des autorisations spéciales pour y passer. Mais aussi Roxane et Marc, des Quebequois qui veulent eux aussi s’installer quelque part et bâtir une vie indépendante des ressources extérieure. Côté faune, en 7 jours nous en avons vus des serpents venimeux, des tarentules, des singes très actifs, des petits rats, des gros papillons colorés, des chenilles aux couleurs vibrantes,…des êtres vivants qui vont définitivement mourir le jour où il n’y aura plus de forêt. C’est ce qui se passe progressivement avec les plantations de noix de cajou jugés plus rentables et preférées à la jungle qui à force de déforestation pour l’agriculture intensive ne représente plus que 4% du territoire Goannais censé être la 8ème source de biodiversité au monde. Christina et son ami Alex sont très impliqués, ils militent auprès des autorités et des locaux pour revenir à une agriculture traditionnelle préservatrice et productive (Voir article sur la tribe).

Détritus collectés en forêt bordant la route puis emporté à la déchèterie du coin
Réalisation du panneau « no trash » (pas d’ordures)
On l’a perché près de la déchèterie sauvage pour inciter les locaux à ne pas jetter. Bonne intention, va t’elle marcher?

Sur la route des épices

Avec son camion et sûrement au travail, il nous avance de 5 km, c’est déjà ça de pris

Après nos nuits reposantes à la tribe, car à chaque fois couchés peu de temps après le soleil, nous entamons un périple de peu de kilomètres mais long en temps car il n’existe pas de lignes de transports pour se rendre à Tanshikar, la spice farm (ferme aux épices). Le moyen le plus simple et efficace de s’y rendre est de louer un scooter à 300 rupees, 4 euros environ aller retour. Mais ni Antoine ni moi n’en avons déjà conduit. On va s’abstenir car pas le temps de faire un entrainement routier au préalable. On débutera en stop puis on y arrivera avec des motos. On ne sait pas si les gars sont des vrais moto taxi ou se sont improvisés. En tout cas ils se sont fait un billet et nous étions contents d’arriver car sans certitudes au départ. La route en moto était des plus agréable, elle traversait la réserve protégé de forêt tropicale aux couleurs splendides et comme un écrin frais rafraichissait du soleil, et passait aussi devant des cultures de riz en piscine sensiblement pareil aux salins chez nous.

Bananiers et palmier à la ferme aux épices
De gauche à droite: noix de cajou, piment pili pili ou oiseau, café non toréifié
Herbier pour la mémoire de ces arbres et plantes que je ne reverrai sans doute jamais

Arrivé à la spice farm qui veut dire la « ferme aux épices », la jeune guide emmène le groupe pour un tour des différentes cultures dans cette propriété ancestrale. Elle nous explique avec fierté que sa génération profite du travail de plantation de ses ancêtres car les arbres sont hauts et produisent correctement. Nous découvrirons à quoi ressemble un arbre à clous de girofle, à muscade, à poivre, à coco, de piment pili pili (oiseau), à cardamome, curcuma,…une vrai curiosité, mais aussi qui donne des idées sur ce que l’on peut ou pas cultiver chez nous. Les épices sont originaires pour une bonne partie d’Inde mais cette ferme a introduit et trouvé le moyen de cultiver du cacao, de la vanille et du café qui viennent d’autres continents.

Chemins de fer Indien

Ce matin nous sommes à Mangalore dans le nord de l’état du Kerala, notre nuit s’est passée sur un siège de bus passablement reposant. Puis nous avons trouvé la gare ferroviaire. Antoine encore plus que moi avait envie de s’essayer au train en Inde. On pense à ces trains interminables, aux wagons pleins à craquer, aux passagers debout jusqu’aux portes d’entrées qui ne ferment jamais. C’est exactement ça mais sans les gens ce matin. Il est 8h20 et le démarrage est tranquille il n’y a presque pas un chat pour un pays de plus d’un milliard d’habitants. Je suis surprise car les indous sont des lèvent tôt, tant mieux on aura du comfort et de l’espace.

Un quai de gare ferroviaire

On passera ensuite quelques jours dans la ville de Thalassery au nord du Kerala où nous dormirons chez Sathya, un Indou adepte de méditation. Il a le sourire constamment et sa femme nous régale de ses plats. De temps à autre il s’étonne de nous voir nous gratter, il ne voit même plus et ne sent plus les moustiques qui viennent de son jardin la nuit, le chanceux. Nous reprenons ensuite le train pour Cochin, la ville principale de la région qui parait-il est belle à voir.

Des coco même dans le Kerala?

La suite dans « Inde – Namasté 2ème partie » quand nous serons parti d’Inde après le 15 février 2020.

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