La Tribe – l’écotourisme au service de la biodiversité

L’écotourisme doit s’implanter pour enrichir les zones détruites, et pas s’implanter pour appauvrir – Alex de la Tribe

Par définition le tourisme élève la demande de biens et de services en un lieu, génère une hausse de la production pour répondre à cette demande et à la fin génère plus de déchets qui finissent dans la nature. Imaginez l’île de Djerba enregistre en haute saison touristique 200 tonnes de déchets contre 120 habituellement (déjà trop), des déchets tous enfouis par l’entreprise juteuse GDF et causant une saturation de métaux lourd dans l’eau et les sols.

Sentier vers la Tribe, arboré par l’anacardier, arbre à noix de cajou

Nous avons passés une semaine de volontariat à la Tribe qui est situé à Goa, près de Cannacona. C’est un lieu eco touristique qui a deux ambitions:

  • Loger toute personne de passage au plus près de la nature sauvage, et d’explorer positivement la connexion de chacun dans cet environnement à l’aide de l’art et de la musique

  • Depuis janvier 2017, restaurer les 60 0000 mètres carrés de forêt appauvrit par l’exploitation intensive d’arbre à noix de cajou en réserve de faune et de flore.
Fleur au nom bien mystérieux, près de la cuisine

La jungle fût, elle n’est plus

Quand on entre sur le site, on s’émerveille sur la jungle, les couleurs, les bruits, on imagine les animaux…mais Alex avise l’œil du visiteur en l’informant que la canopée que nous voyons n’est que l’ombre d’une jungle qui fut luxuriante. Depuis les plantations d’arbre à noix de cajou rien n’est plus dense, les arbres sont jeunes car sauvegardés ou plantés. Globalement, il reste en fait 4% de jungle à proprement dit sur un territoire qui s’étend de Mumbai 400 km au nord environ et jusqu’au Kerala.

Regardez ces futurs papillons, de quelles couleurs et formes surprenantes seront-ils?

Agriculture intensive et déforestation

Il est arrivé un temps où les méthodes traditionnelles d’agriculture furent jugés moins génératrices de revenu car moins productives. L’agriculture intensive devint plus largement utilisé avec des méthodes de culture agressives par l’usage des pesticides ou encore la déforestation pour obtenir plus de surfaces à produire. Ils s’avère que l’idée générale fut de croire en l’enrichissement que peut apporter la jungle plutôt que l’équilibre qu’elle procure à ses habitants et au delà.

Un petit (ou gros) passant centipède juste entre nos pieds

La Tribe aussi pollue et nuit par sa présence dans la jungle?

Les quelques hectares de terre sur laquelle est implanté la tribe est un contrat de location de 5 ans renouvelable. Aucun étranger n’a le droit d’être propriétaire de terre dans l’État de Goa. La location est donc conclu au travers une amitié locale. Une fois sur place il y a trois ans, la tribe a nettoyé le terrain des plantes invasives, comme la Chromolaena Odorata introduite par les colons Anglais, extrêmement prolifère et qui n’a aucun prédateurs, même les vaches du terrain ne la mange pas.

Ils ont créé un bassin de rétention d’eau de pluie où des pompes remonte l’eau du bassin pour arroser, d’autres pompes proviennent du puits pour alimenter les cuves d’eau de la douche. Ils ont aussi aménagé des toilettes sèches en bois où l’utilisateur utilise de la sciure de bois pour couvrir ses besoins. Après maturation les excréments serviront à enrichir la terre du jardin comme excellent engrais. Il est formellement interdit d’utiliser sur le site tout produits chimiques. Le gel douche, dentifrice, etc… devront eux aussi être sans produits chimiques car l’eau utilisé est canalisé vers la terre ou pour arroser le jardin. Des savons sont même fournis, ceux-ci sont en huile de friture réutilisés.

Pour le lavage des mains

Dans les toilettes sèches rideau en coton, séparation en tressage de feuilles de palmier, eau pour se rincer « à l’Indienne » et pas de papier toilette

Le dodo: Dans des huttes ou un dortoir de plusieurs lits avec moustiquaires. Le dortoir est construit sur pilotis avec une structure en bambou, un toit en tressage de feuilles de bananier et des cordes en fibres de coco, toute une harmonie de matériaux à provenance locale qui mettent en avant des savoirs faire ancestraux. nous avons dormis une semaine dans l’édifice qui est plutôt costaud, agréable et à l’architecture tribale.

Dortoir sur pilotis

Dortoir sur pilotis et sol en terre argileuse

Le manger: Il y a une cuisine qui sert les repas. Elle est en bambou, encore ici vous ne verrez aucun sous produit de l’industrie. Les aliments viennent soit de la forêt soit achetés chez les plus proches producteurs des tribus locales.

Cuisine, sans plastique à usage unique

La gestion des déchets

Même si le lieu génère très peu de déchets grâce aux choix de départ, les touristes qui viennent y séjourner emportent avec eux les déchets des produits qu’ils ont achetés à l’extérieur, qui deviennent par la suite les déchets du site*. Une fois pas mois environ les volontaires de la tribe font une collecte des déchets extérieurs qui bordent leur terrain, jetés par les locaux. Nous avons fait parti de la collecte en janvier. Incroyable, en parallèle des poubelles jetés sauvagement depuis la route dans la forêt, ce sont des années de détritus qui s’accumulent sous la couche superficielle de terre. Du plastique peut-être vieux de 10 ans qui fusionne avec la terre sans se décomposer, même pas besoin de creuser pour en trouver et plus on tire plus la quantité se révèle en masse. Les déchets de cette collecte sont emmenés en jeep dans la déchèterie de la commune voisine, où on peut deviner qu’il n’y a aucun tri, et on peut se demander une fois collectés où vont finir tous ces détritus, mais la Tribe ne peut pas plus, excepté continuer et interdire les déchets sur son site . Ils ont suggérés aux autorités des communes une entreprise de recyclage mais le fait même d’être proposé a constitué un refus véridique. La tribe est acteur de changement mais le contexte n’est pas favorable.

*Nota bene: À mon sens le touriste doit se responsabiliser et avoir une conduite intègre sur cette problématique du déchet. Durant le voyage il est impossible de ne pas créer de déchets plastique car au moins 75% des dentés alimentaires sont sous plastique, même un simple légume parfois. Nous sommes donc arrivés à la tribe avec ces plastiques de consommation, et pour ma part j’avais l’impression de saccager le travail que le lieu s’évertuait à faire en ajoutant ma part de déchets qui par ailleurs ne sera jamais recyclé et finira quelque part dans la terre.
Déchèterie locale
Panneau contre les ordures sauvages

La préservation de la faune

Alex qui a créé le lieu est arrivé dans la région de Goa pour le sauvetage animal et plus particulièrement celui des serpents. C’est un passionné. Ils sont 3 à Goa à le faire, mais lui intervient à n’importe quelle heure, une sorte d’astreinte continuelle. Les habitants l’appellent pour enlever le(s) serpent(s) qui se sont introduits dans leur maison ou leur terrain. Il a gagné la confiance des Goannais et par ce moyen fait de la prévention pour que les gens tolèrent cet animal qui lui aussi est sur ses terres. De ce fait au travers des contacts répétés avec la population la Tribe organise parfois des ateliers éducatifs sur l’environnement et l’égalité des sexes, deux problématiques en Inde. De plus ils invitent des passionnés, des penseurs, des artistes,…à venir penser collectivement sur les solutions pour reconstruire les liens entre les hommes et la nature.

Sortie nocturne habituelle pour les serpents

À quoi servent les revenus?

Aujourd’hui les revenus générés des activités du tourisme à la Tribe permettent de financer la préservation et la restauration de la jungle ainsi que la maintenance courante du lieu. Elle finance aussi des emplois, car ici sont employés des cuisiniers, une femme pour l’entretien et pour l’accueil, tous sont Hindous.

La Tribe pour moi est un modèle sur lequel doit s’appliquer n’importe quel lieu éco touristique.  » L’écotourisme doit s’implanter où c’est détruit pour restaurer et non pas arriver sur un lieu pour sa beauté et finir par le détruire », je trouve cette phrase d’Alex très juste. Il faut que l’écotourisme ai une vocation environnementale autant que sociale, comme il est entreprit à la ici.

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