4 jours à Auroville

Éclore dans la joie

L’éducation doit révéler ce qui est déjà présent dans chaque humain en développement et le mettre en lumière. Comme une fleur qui éclot au soleil, les enfants écloent dans la joie. En disant cela on affirme que la joie n’est pas synonyme de faiblesse, désordre ou confusion, mais une possibilité qui encourage le bon en chacun et n’insiste pas continuellement sur le mauvais. La grâce est toujours plus proche de la vérité que la justice.

-Mére

Benghalensis ou Banyan

Intéressée puis désintéressée à ce lieu plutôt controversé dans les témoignages des personnes l’ayant fréquenté, aujourd’hui nous sommes en Inde à visiter Auroville. C’est une rencontre lors d’un volontariat qui nous a relancé l’envie d’y venir. Lui, souhaite s’y rendre car il a entendu parler des systèmes d’irrigation innovants, nous pour nous inspirer de leurs techniques en éco-construction et de paysannerie.

L’utopie de toute une génération

Un lieu unique

En 68, dans le contexte hippie de l’époque, se réunissaient 124 pays dont l’Inde pour innogurer la première « écoville » du monde. Chaque pays placèrent une poignée de terre dans une urne, symbole de l’unité des peuples. Ses créateurs ont voulus un lieu sur terre partant de 0 qui accueillerait tout humains de « bonne volonté » pour fonder une communauté internationale. Ils ont créé une structure communautaire forte où chacun trouverai les bases favorables pour poursuivre ses rêves, ses projets et ses idéaux qui eux aussi renforcerait la communauté et ses valeurs. Il n’y a pas de religion ni de dieu, mais chacun pratique ou non la spiritualité comme il l’entend autour de la méditation, le yoga et bien d’autres pratiques nouvelles ou antiques.

Ganesh près de la cuisine solaire

Ils ont achetés un terrain à 20km de Pondichéry, sur un plateau de terre rouge presque sans arbre qu’ils ont intensément reforestés, en 52 ans on perçoit bien la différence de végétation entre le périmètre hors Auroville pauvre en végétation et son seing luxuriant de verdure.

Géographiquement au milieu de la ville se trouve le Matrimandir, puis une ceinture autour se découpe en 4 zones: la zone internationale où le visiteur arrive, se renseigne, mange, achète…, la zone culturelle où il y a bibliothèque, musée, centre culturel et artistique…, la zone résidentielle et industrielle où les Auroviliens vivent, développent leur business et des laboratoires de recherche (fermes, fabriques de vêtement, entreprises sociales, d’instruments de musique, de briques de terre,…).(plan à illustrer)

Le Matrimandir

À lui tout seul il est déjà une curiosité par sa forme sphérique et ses 24 000 cercles dorés. Il représente un lotus (symbole de la féminité dans la religion Hindou). Il y a 4 pièces d’entrées qui représentent 4 qualités divines dans l’Hindouisme, dont la croyance en la force créatrice de la femme dans l’univers. Autour du dôme est bâti douze pièces en forme de pétales qui portent chacune le nom des qualités sur lesquelles chacun peut travailler lors de la méditation (empathie, tolérance, persévérance,…). Enfin au seing du dôme se trouve un cristal qui capte la lumière et la reflète dans la pièce immense. Selon Mathieu un voyageur Français rencontré « c’est impressionnant le silence qui y règne et la lumière magnifique, pour la méditation c’est l’idéal« . Même si bâti dans les années 60 sans les préoccupations écologiques d’aujourd’hui, c’est un bel édifice.

Les fondateurs

Deux principales figures à l’origine du projet : « la mère » et Sri Aurobino. Lui est Indien, elle, est originaire d’Égypte ayant longtemps vécu en France puis s’est installé définitivement à Pondichéry plus tard. Ils s’unissent tout deux pour créer l’ashram Sri Aurobindo (lieu de retraite spirituelle par la pratique de la méditation) puis quelques années après créent Auroville.

Schéma du Matrimandir

Innovateur

Auroville va être le lieu d’une éducation non limité et d’une progression constante

– Chartre d’Auroville, février 1968

Il n’y a pas à ma connaissance dans le monde moderne et la hausse de la consommation que connait les années 60/70 de communauté de plusieurs centaines d’habitants qui vivent sur les principes spirituels et de ce qu’on appelle aujourd’hui la décroissance. Les habitants d’Auroville sont engagés dans un vaste panel d’activités qui sert la communauté et leur épanouissement. Parmi ces activités: la recherche d’une économie utilisant peu l’argent, la restauration environnementale, les fermes biologiques, les énergies renouvelables, l’éco-construction, le développement communautaire, l’artisanat, l’éducation non formelle, la santé, la communication interculturelle et bien d’autres domaines de recherche. C’est aussi une « entreprise sociale » à mon sens car emploi 60 000 locaux environnants, améliore leur habitat, fournit les soins de santé et l’éducation à leur enfants.

A qui le pouvoir?

Ça sonne comme un gros mot vu comme ça, mais globalement notre unique façon de penser est de penser « hiérarchie ». Dans les différentes structures sociétales que l’on connait, il y a le pouvoir qui circule de façon pyramidale, en haut de la pyramide le décisionnaire, les sous décisionnaires, et en bas les exécutants. On nous dit qu’ici il n’y a pas de chef ou de sous chef, il entend dire qu’on prend le contrepied des systèmes extérieurs et on décide en groupe. Les 2800 habitants se regroupent une fois par mois. Ils sont divisés en groupes thématiques ( groupe eau, groupe électricité,…) et chaque décision est prise par le groupe correspondant sans l’intervention des autres groupes ou personne. Notre guide nous explique que ce système écarte tout conflits d’intérêts et le cumul de responsabilités. Le système semble être bon pour un groupe de 3000 afin de structurer et d’éviter les « petits pouvoirs ». Cependant si on se sent concerné mais qu’on ne peut rien dire parce qu’on ne fait pas parti du groupe correspondant, que fait-on? C’est un peu frustrant. On n’a pas entendu parler de votes, à approfondir.

 » Art of land » – salle des conférences et regroupements

Devenir Aurovilien

La communauté n’en est pas à 50000 habitants comme « la mère » l’avait envisagé mais est à 2800. Peut-être n’est il pas possible de rêver à un lieu où chacun se réalise avec une population si importante? Devenir Aurovilien prend du temps comme nous l’ont racontés certain. Une période d’immersion comme du volontariat de plusieurs mois à peut-être une année doit être envisagé. C’est une sécurité pour tous: évaluer si cette façon de vivre nous correspond ou évaluer si le futur Aurovilien correspond. Cependant on est loin de la terre promise pour tous. Il faudra aussi voir pour s’installer si des propriétés sont disponibles ou bien des terrains ouverts à la construction, puis monter son entreprise et redonner 30% de ses revenus. Il n’y a presque plus de terrain à la vente, les terres n’appartenant pas à Auroville mais qui sont dans son enceinte appartiennent à des familles Indiennes qui ne souhaitent pas s’en séparer et d’autres terres libres n’ont pas échappés à la spéculation comme dans le reste du monde, devenant plus cher que le mètre carré en Suisse. Auroville est « Pour tout homme de bonne volonté  » ou pour tout homme ayant quand même de l’argent? Sur 200 candidatures la moitié d’elles même s’écarteront comme un numerus closus en fac de médecine.

Aussi petit soit-il, lui aussi est Aurovillien (mille patte de la cuisine)

Notre passage à Auroville et quelques conseils pour le visiteur

Y dormir

Il est conseillé de réserver des logements avant votre arrivé car Auroville est très fréquenté. Toutes nos demandes de réservations en amont (2 jours avant) par mail ont été refusés, aucun n’avaient de chambre disponible. Le système est bien fait car il existe un service de logement visiteur accolé au centre d’information, avec leur aide le jour de notre arrivé nous avons trouvé des lits vacants dans un dortoir presque en plein centre de nos points d’intérêts.

Notre dortoir, le pavillon africain

Le lieu est simple, quelques lits, une cuisine extérieure, des douches dehors dans un ilot en béton et des WC mobiles. Il est agréable d’y loger, c’est une ambiance dortoir et ce sont les Auroviliens eux même qui tiennent le dortoir. Certains sont des habitants permanents, d’autres, des volontaires pour plusieurs mois. Ce soir est même organisé un feu de camp avec un boeuf et un repas pour conclure.

Se déplacer

Aucune route saturé par le trafic comme partout en Inde, voilà qui fait plaisir. Pour cause il y a un maillage de routes principales en dur et le reste sont des voies en terre, on se croit presque au village, la terre danse dans l’air après chaque passage de véhicule. La star ici c’est le deux roues qui est le moyen le plus simple pour quadriller les 3 ou 4 kilomètres de rayon. Il existe un service de prêt de vélos mais ces 4 derniers jours impossible d’en avoir un: déjà loués, à réparer, pas disponibles,…bref trouvez le moyen d’en réserver un si vous pouvez car la demande est forte. Sinon si comme nous vous aimez marcher, enfilez vos chaussures et allez y, vous profiterez bien plus de la nature environnante et parfois surprenante qu’en étant en deux roues. Sinon il y a les indémodables rickshaws qui sont aussi là au cas où pour sortir d’Auroville et faire de la distance (négociez ou vous serez plumé comme un pigeon).

Nos visites

Il y a énormément de lieux à visiter, tout dépend ce qui vous amène ici: l’agriculture, la spiritualité, l’artisanat, la construction, l’éducation,…Nous avons chopé une carte d’Auroville et nous avons expliqué à nos rencontres qui vivent ici que nous étions intéressés par l’agriculture et l’écoconstruction, grâce à eux nous avons trouvés des lieux correspondants. Voici une synthèse de nos visites:

Éolienne

Solitude: ferme biologique en agroforesterie où les cultures poussent parmi les arbres exotiques de différentes nature. L’eau d’arrosage vient des puits de la ferme ou des basins de rétention appartenant à Auroville. L’eau est acheminé par canalisations au moyens de pompes électrique. À la ferme est aussi intégré un complexe de huttes pour les touristes et une cantine cuisinant les produits de la ferme.

Buddha garden: cette ferme fait pousser toute sortes de fruits et légumes exotiques comme n’importe quelle ferme ici, mais avec un part expérimentale. Ils étudient un système de capteur dans le sol permettant d’arroser intelligemment les cultures selon l’humidité du sol. De plus ils restaurent les terres annexes appauvris par la culture de l’anacardier (arbre à noix de cajou) en plantant des arbres qui aident à enrichir le sol.

Upasata: créations textile et entreprise sociale à la fois. Valorise le travail des femmes et les aide à cheminer vers l’émancipation financière.

Earth Institute: c’est un centre de recherche et de construction qui a développé des briques de terre crues compressés. Le visiteur peut visiter la salle d’expo, elle a un peu d’âge mais résume bien les techniques inhérentes à l’écoconstruction qui emploient la terre comme matériau. Il y a même un panel vaste des terres du monde entier. Vous y verez un échantillonnage de construction, voutes, arches, hutte en bambou,…

Instruments de musique en bambou

Bamboo garden: c’est une bambouserai qu’il n’est pas permis de visiter sans l’accord au préalable d’une visite guidée. On a donc pas pu voir grand chose, mais on a découvert que le bambou sert à la médecine, la cosmétique, la construction, le textile, l’alimentation, le chauffage, et aussi comme dépolluant car absorbe énormément le CO2. Là aussi pas de datation des infos…un conseil renseignez vous avant sur une potentielle visite guidée car je suis restée sur ma faim, il semble y avoir tant à découvrir.

Tannerie végétale à l’indigo

Colour of nature: fabrique de vêtement. Ils colorent, teignent et assemblent les tissus qui sont majoritairement en coton mais aussi en soie d’Inde. L’indigo (plan dont les feuilles donne la couleur bleu indigo) vient de leur jardin, et les autres couleurs employés sont aussi végétales. Pas de colorants chimiques, rien de rien que des plantes.

Récolte de spiruline au tissu microporeux

Spirulina farm: une ferme éleveuse de spiruline (algue considéré comme un super aliment). Renseignez vous avant pour une visite guidé. J’y ai été en fin de journée vers 16h30 et comme partout ici ce n’est pas la meilleure heure pour demander des infos.

Matrimandir: pour visiter ce haut lieu de la méditation il existe deux façons: Au point de vue à 20 minutes de marche du point info, c’est gratuit mais vous ne pourrez vous délecter que de l’extérieur. On l’a fait, rien que ça c’est très joli. L’autre façon c’est de vous inscrire pour la visite intérieure payante sur une liste d’attente d’au moins trois jours. Encore là renseignez vous

Chambre d’hôte à la ferme

On s’aperçoit qu’il y a bien de la vie ici, cette vie difficile à percevoir quand on reste près de la zone d’accueil comme on l’a fait durant deux jours. Des maisons se dessinent ci et là, fourrés dans la végétation tel un village dans une forêt clairsemé. Les points à visiter sont concentrés dans un rayon de 3km environ facile à faire pied. Il existe différentes communautés et c’est plutôt au travers leur mode de vie qu’on ressent un intérêt marqué pour l’écologie, de part les matériaux choisis pour leurs maisons, la simplicité des aménagements et leurs valeurs. Un conseil si vous souhaitez visiter un lieu de manière approfondie, rapprochez vous par mail afin de voir les modalités pour les visites guidés, attention parfois payantes, comme bien des choses à Auroville.

Pompe à fric?

Préparez vous à faire les comptes de vos dépenses. Quand on est visiteur tout est payant. Simplement avant de venir nous ne savions pas à quoi nous attendre et avions des idées préconçus sur une ville écolo avec un communautarisme vertueux. De là nous ne nous attendions pas à ce qu’il y ai boutiques, restaurants, activités pour les visiteurs,…Nous étions dans le faux car qui dit lieu de vie dit aussi commerce, depuis le néolithique c’est comme ça. En soit le visiteur peut être comblé il aura fait un shopping de qualité avec une immense plus value sociale pour les femmes ayant fabriqué les produits qu’il achète, aura mangé très sainement, vu le légendaire matrimandir,…mais les prix sont presque ceux pratiqués en France, on sait que les salaires Indiens ne justifient pas ces prix. Au cours d’une discussion impromptue avec un habitant il nous affirmera que l’argent est trop présent à son goût dans l’esprit d’Auroville. C’est notre jugement de visiteur.

Boui-boui qui vend de tout

L’histoire doit être différente quand on est Aurovillien. On entend parler d’un magasin de vêtement où tout est gratuit, une épicerie coopérative et une cantine avec une cuisine solaire à des prix bas. Un système économique et communautaire existe mais on n’en saura pas plus, il doit sûrement exister un esprit d’échange et de soutien intrinsèque à l’esprit même de communauté, mais ça mérite de rester plus de 4 jours pour surpasser nos premières impressions de surface.

On retiendra…

  • Une ville combinant lieu de vie et travail qui contribue à la recherche et l’innovation pour le futur

  • Créé de l’emploi localement

  • Leur système d’éducation non formelle

  • Entreprises sociales pour l’émancipation de la femme (les femmes Indiennes sont généralement sous la gouvernance du mari et des figures masculines du foyer)

  • Pas d’urbanisation

  • Cadre calme et reposant comparé au reste de l’Inde

  • Gestion de l’eau (collecte d’eau de pluie et eau des puits)

Papier aux feuilles de manguier fait à la fabrique de papier d’Auroville

On remarquera aussi…

  • Qu’il n’y a pas d’offre de visite gratuite qui permettrai d’inspirer le visiteur dans les pratiques innovantes d’Auroville
  • Prix nettement plus élevés que dans le reste de l’Inde pour manger, se loger, faire des activités et acheter des produits artisanaux
  • Ventes de souvenirs plastifiés inutiles qui marquent certaines incohérences écolo

Nous ne devrions pas avoir à grimper des montagne pour trouver  » dieu »

-Sri Aurobindo

Durant des millénaires nous avons développé des techniques pour notre existence et finalement ces techniques nous détruisent. Le signe d’une nouvelle humanité est un renversement de notre époque, et comprendre que nos connaissances et nos techniques intuitives peuvent changer le monde, le maitriser, sans le détruire. Auroville est le lieu où une nouvelle manière de vivre est en cours, c’est un centre d’évolution accéléré où l’homme change son monde au travers le pouvoir de son esprit.

-Mère

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